Les Réflexions interactives

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Mises en place depuis novembre 2013, les réflexions interactives animées par Henri Malausséna réunissent tous ceux qui veulent réfléchir et échanger des arguments à partir d'un sujet lié au sens de la culture.
Nous nous retrouvons ainsi au sein de Nissart Per Tougiou, à la maioun curturala nissarda, pour prendre un peu de recul sur nos pratiques.
Le débat est ouvert à tous les socis.
Vous trouverez ici les résumés de quelques séances faites jusqu'à ce jour.

6 - 2015 Résumé de la séance du 6 février

Après avoir rappelé les liens entre ‘institutions’ et ‘culture’ abordés la fois précédente, nous nous sommes attachés à discuter puis à montrer ce que signifient précisément les termes ‘laïc, laïque, et laïcité’  qui officiellement caractérisent nos institutions et notre culture.

Le débat fut passionné dans l’assistance, nombreuse ce soir là, tant les événements du début janvier avaient marqué nos esprits.

Nous avons convenu qu’être laïc c’est ne pas appartenir au monde appointé pour cela :

-des clercs  qui proposent à la société tout entière des modèles moraux ..(ce sont eux qui constituent les clergés et qui dans l’histoire humaine ont toujours été présents )

-des ‘politiques’ qui organisent la vie institutionnelle et représentent notamment la force légitime . Ils correspondent aux anciennes noblesses d’arme ou de robe.

Cela est un constat et nullement un parti pris. Les institutions sont dites ‘laïques ‘ lorsque les clercs et les politiques affirment cette séparation des pouvoirs et trouvent leur justification auprès de la majorité mais aussi des minorités de la population aux comportements plus ou moins approbateurs.

La laïcité est un pari, difficile à décrire et à nommer dans de nombreuses sociétés, qui consiste à afficher comme credo que l’essentiel des comportements des clercs et des poltiques trouve sa source dans le monde laïc (c’est à dire au moins 90% de la population!)

Ce pari est risqué car le monde laïque est traversé par de nombreuses passions collectives et conjoncturelles et ses acteurs oublient facilement  que les droits attachés à la laïcité impliquent des devoirs.Nous avons largement débattu de cela, en visionnant quelques images du film récent ‘les chemins de l’école’ dans lequel les enfants font des prouesses pour se rendre à leur école….

Les protestations, les conflits, les révoltes, les guerres, mais aussi les moments apaisés et quiets sont dus pour l’essentiel à la qualité des ajustements entre ces trois groupes interdépendants.

Les clercs, les politiques ou les laïques sont tous traversés par des polémiques, des conflits, des accords plus ou moins durables et tâtonnants.

Dans la suite logique de cette séance, Vendredi 6 mars nous aborderons après l’avoir définie, le thème de la violence et de son contrôle dans de tels conflits. Les initiatives culturelles des laïcs sont un des piliers de sa régulation et nos comportements plus ou moins constructifs peuvent faire ou défaire des consensus partiels et fragiles. Notre survie collective en dépend. Le ‘Trident’ et ‘Nissart per tougioù’ trouvent là leur bien fondé. Nous visionnerons quelques séquences filmées surprenantes….


Henri Malaussena

5 - 2014 Résumé de la séance du 12 décembre

Nous avions lors de la séance précédente terminé sur l’idée que NPT est une association qui peut se prévaloir d’être désormais institutionalisée. Nous avions essayé de montrer le rôle essentiel des institutions pour la construction de toute personne dans tout groupe humain.

Les institutions, avons nous établi, sont en quelque sorte un marche pied pour aller du nid vers l’abstraction sociale, le vivre ensemble....l’humain est nidicole...c’est à dire qu’il a besoin d’un très long temps de protection vitale. 

Les institutions autorisent son envol en étant suffisamment prescriptrices mais aussi, dans une certaine mesure, contestables.

La situation de chacun de nous face aux institutions constitue sa culture qui ne peut nécessairement qu’être assez proche de celle son groupe social d’appartenance sous peine de souffrance et de sentiment d’exclusion.

 

Les activités de Nissart per Tougioù trouvent leur justification, leur succès, leur sens dans ce processus de rapprochement cohérent entre l’individu, ses racines et sa culture. Elles ont une dimension primordiale notamment pour ceux d’entre nous qui ressentent une inquiétude sur la survie de leur autochtonie qui, après tout, est le fondement de ce territoire et à sa longue histoire humaine trop souvent ignorée voire péjorée par ceux qui souhaitent le faire leur.

 

Enric Malaussena

4 - 2014 Résumé de la séance du 14 novembre

Nous avons essayé de nous demander pour quelles raisons le terme de "culture" avait à la fois un sens lié à la terre (l’agriculture par exemple) et un sens qualifiant les activités humaines telles les pratiques artistiques, littéraires mais aussi les usages, les fêtes, les attitudes collectives. 

À travers nos discussions nous avons pu établir que les pratiques culturelles ont le plus souvent un ancrage territorial. Les pratiques culturelles nécessitant une abstraction à propos de l’humain en général, des très grandes collectivités (la nation, l’humanité…) provoquent chez beaucoup une euphorie passagère ou au contraire une gêne due à l’écart observé avec la réalité locale et justement cet ancrage. C’est le sens que nous avons donné aux activités de "Nissart Per Tougiou".

 

Il nous a semblé pertinent de dire que, pour beaucoup d’entre nous, la reconnaissance de la réalité culturelle locale doit être un préalable pour pouvoir atteindre, accepter, apprécier l’ailleurs. Lorsqu'un jugement à l’emporte pièce est proféré à l’encontre de ce "païs nissart" cela signifie que son auteur, inconsciemment, aimerait s’approprier ce local et en faire une annexe de sa propre terre originelle, à sa façon!. Ici s’exprime un manque. Il nous est apparu que s’approcher du local permet au contraire de réaliser une démarche féconde de transfert: s’il y a une originalité locale et que je la comprends, l’apprécie, cela me permet d’admettre qu’il en serait de même pour ma terre de provenance. Cela autorise éventuellement une fierté de soi dans le respect  du pays d'accueil.

 

Nous avons conclu que ce thème de l’accueil de l’autre est vieux comme le monde humain. L’ "autre" est certes un scandale au premier abord mais il peut m’apporter beaucoup. Tout dépend des conditions du contact, de son intensité et de sa maîtrise.

 

La logique conduit à se demander quelles sont ces conditions et comment les sociétés humaines ont engendré des institutions codifiant ce processus de contact de culture. La séance du 12 décembre portera sur cela, vos idées sont les bienvenues autour d’un apéro convivial.

3 - 2014 Résumé de la séance du 10 octobre

Le vendredi 10 octobre nous avons établi que réfléchir sur notre culture, sur la culture c’est essayer de répondre à de nombreux problèmes auxquels nous sommes confrontés au quotidien. La coexistence avec des groupes plus ou moins conscients de l’existence de notre culture, plus ou moins bienveillants envers elle, plus ou moins agressifs, nécessite une connaissance du bien fondé de l’affirmation de notre autochtonie , de sa légitimité ou de sa force due entre autres à son antériorité. 

Lorsque les règles institutionnelles auxquelles nous souscrivons au quotidien ne semblent que trop partiellement observées par les citoyens, le réancrage culturel est une des seules voies de réinstitutionalisation positive. Cela vaut aussi bien pour les autochtones que pour les hôtes qui ont besoin de savoir quel est le sol qu’ils foulent plutôt que de rester dans une vague abstraction d’un vivre ensemble in fine toujours source d’inconfort.

Après avoir visionné une fiction documentée sur l’émergence d’homo sapiens la discussion a conduit à considérer que la culture est au fondement de la survie de tout groupe humain. La survie de tout individu passe par la communication, la coopération, les plaisirs partagés et l’élaboration de règles sur la place de chacun (temporaire à l’aune du déroulement d’une existence mais  indispensable pour fonder une bonne autorité auprès de ceux qui grandissent). 
JF Marro a souligné, lors de la soirée inaugurale de la rentrée, que le terme ‘culture' vient de ‘colere’ c’est à dire cueillir, cultiver, récolter et même honorer (au sens de culte!) et ce aussi bien les produits de la terre que les œuvres de l’esprit humain. Nous essaierons ce vendredi 14 novembre (vers 19h30) de réfléchir sur ce double sens, d’ en  établir des liens. Dans la countea de nissa  comment peut on lire  ces deux facettes à travers sa culture ? 
Venez débattre de manière libre et détendue afin que vos arguments soient mis en résonance avec ceus des autres participants. 
Un petit documentaire sur les fondements de la culture stimulera le débat 


Henri Malaussena